La mort d'Eluana

Eluana Englaro repose dans le cimetière de son pays d’origine, dans les montagnes de la Carnia, au Frioul Vénétie Julienne, après un chemin de croix long dix-sept ans et après être devenue, malgré elle, un symbole pur les uns et pour les autres. La cérémonie des obsèques, sobre, silencieuse, sans applaudissements, a témoigné d’un style alpin plein de bon sens et de dignité, qui est une leçon de civilité.
On ne peut pas s’empêcher de penser à la douleur des parents, qui ont vécu le cauchemar d’un enfant emprisonné dans un coma sans espoir et ont ensuite subi un calvaire plein de polémiques pour le parcours qui a conduit à la mort de leur fille. Tout cela dans un crescendo de curiosité de la part du cirque médiatique qui a traité une histoire humaine très délicate avec un voyeurisme excessif, en oubliant le respect que ces faits auraient mérité. On peut dire la même chose du monde de la politique: je pense aux tons excessifs du débat au Sénat le soir de la mort d’Eluana, alors que l’Assemblée de Palazzo Madama était engagée dans l’approbation d’un projet de loi qui aurait en fait démenti le choix des juges, qui avaient considéré claire la volonté de cette femme de ne pas vivre avec des aides artificielles, au cas où elle se retrouverait dans un coma irréversible, ce qui lui est malheureusement arrivé. Je conseille la lecture des sentences pour éviter, ce qui a été le cas, qu’on parle sans connaître le parcours logique des juges, bien conscients d’intervenir sur un thème qui voit un vide législatif dont la faute revient à la politique, qui ne fait jamais face à ses responsabilités au moment où elle devrait.

Un argument sérieux, qui touche aux convictions les plus intimes de chacun de nous. Voilà pourquoi, à l’intérieur de l’Union Valdôtaine, on trouve des positions différentes, étant donné que sur ce thème, comme cela arriva pour les référendums sur le divorce, l’avortement et la fécondation assistée, la liberté des consciences s’impose sur la discipline du Mouvement. Cela est juste, pour un parti laïque, comme doivent l’être les institutions démocratiques, dans le respect du droit de liberté religieuse et des règles qui en dérivent et qui peuvent être ou ne pas être appliquées par chacun dans sa vie.
Personnellement je crois qu’il faut fuir les extrémismes: d’une part ceux qui introduisent dans le débat des thèmes différents du “cas Englaro”, comme l’euthanasie (autre argument à propos duquel je crois il faut être très prudents et qui n’a rien à voir à la suspension des traitements qui permettent de poursuivre une vie désormais artificielle); de l’autre les intégristes qui semblent vouloir imposer la volonté de l’Etat contre la volonté des citoyens dans une logique de sacralisation de la vie.
Je pense que le testament biologique devrait permettre à chacun d’exprimer clairement sa volonté et son autodétermination à l’avance, en évitant que les parents ou les magistrats se trouvent à devoir décider. Le citoyen doit se confronter à sa conscience et doit écrire ses volontés, selon ses croyances et ses convictions, sans que d’autres s’imposent sur ses choix. Je n’oublie pas l’attention nécessaire quand on parle du passage très délicat entre la vie et la mort, que l’évolution des sciences médicales et des technologies rend de plus en plus difficile à percevoir. C’est une évolution positive, bien entendu, mais il ne faut pas cacher les risques d’acharnement thérapeutique et d’une vie physique très distante de la vie cérébrale qui caractérise les êtres humains.
Ce cas a provoqué une crise institutionnelle: la polémique très violente de Silvio Berlusconi au “non” du Président de la République Giorgio Napolitano à la signature d’un décret ad personam, qui oblige à poursuivre l’alimentation de la Englaro (ce qui s’opposait à la sentence de la magistrature). Berlusconi, après le "stop" de Umberto Bossi, avait polémiqué contre le Quirinal (mais le Président de la Chambre Gianfranco Fini ne l’avait pas suivi sur ce terrain) en arrivant à invoquer une réforme bonapartiste de la Constitution qui augmente les pouvoirs du Gouvernement. Le débat a lentement perdu d’intérêt, mais il ne cache pas une politique italienne de plus en plus barbare, et je me demande où cela nous conduira.

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