Le futur du "Peuple valdôtain"

On me raconte que pendant les rencontres que les dirigeants du Mouvement ont avec les responsables des différentes sections en cette période, le destin du "Peuple" est un des arguments souvent traités.
Cela ne m’étonne pas: nous sommes tous conscients que cet organe, désormais ancien et qui s’est avéré très utile pendant des décennies, a, ou devrait avoir, la fonction d’informer les membres du parti, donc l’intérieur, et les autres, l’extérieur. Toutefois la société et les instruments de communications ont profondément changé dans les dernières soixante années; on doit y réfléchir et on ne peut sans doute pas se contenter de faire référence à la tradition et à la continuité, puisqu’il s’agirait d’un discours perdant, comme le prouve la lente disparition des journaux de parti en Italie.
Je le dis en tant que journaliste (c’est mon premier métier!) et je crois être parmi les rares personnes qui écrivent dans le Peuple depuis vingt-trois ans, en recouvrant aussi des rôles dans la direction du journal, jusqu’au moment de ma récente démission qui n’a suscité ni clameur ni remerciements (tous ceux qui sont devenus des journalistes professionnels avec le Peuple le doivent à ma signature initiale comme journaliste professionnel).

Un premier argument concerne les contenus: en général on se plaint de thèmes et d’arguments faibles. Certains lecteurs disent qu’ils apprécient les annonces des deuils et des naissances, les listes des membres des Comités de Direction des sections et le "Calepin" (notamment si je suis là…). Pour le reste il semblerait que le manque d’intérêt dérive surtout de l’absence de nouvelles originales.
En effet, et la faute ne revient pas aux collègues qui s’occupent du journal, mais elle est à partager collectivement, le Peuple risque de devenir comme le film "La corazzata Potiomkin" à propos de laquelle Fantozzi s’exprima à la fin de nombreux fatigants ciné-clubs. Une première invitation donc: travaillons à un journal plus riche et plus intéressant.
Le thème linguistique ensuite: faut-il employer l’italien à côté du français ? Une dispute très ancienne qui risque de prendre des connotations idéologiques, un vrai tabou, difficile à évoquer même. Personnellement je crois que chacun devrait s’exprimer dans la langue qu’il préfère, y compris le patois, mais en évitant de s’engouffrer dans la logique qui veut que tout le monde doit comprendre, parce qu’on risque de laisser tomber un des principes fondamentaux de notre pensée.
Tout cela est suffisant? Je ne crois vraiment pas: de nos jours un hebdomadaire ne satisfait pas la rapidité avec laquelle les nouvelles se répandent et la presse, qui vit une crise grave dans le monde entier, court de gros risques si elle ne s’accompagne pas à un site Internet efficient.
Depuis pas mal d’années je parle de créer une radio de notre Mouvement: je comprends qu’elle pourrait être une occasion de plus pour prouver une faible participation et peut-être même une faiblesse culturelle, mais on pourrait en être stimulés positivement, notamment si on croit à l’Union Valdôtaine. Faire de la radio n’est pas très cher aujourd’hui et les perspectives sont intéressantes.
Autrement gardons ce que nous avons, en évitant de faire des projets, de perdre des énergies, de soupçonner. Je me rappelle que certaines personnes se plaignaient du fait qu’on publiait mes articles et pas les leurs. La réponse était toujours la même: écrivez et on vous publiera. Mais puisque l’écriture représente un moment fatiguant et ne peut pas être déléguée, les articles n’arrivaient que pour des courtes périodes ou n’arrivaient pas du tout.
Il existe enfin un dernier argument: croyons nous à la transparence de l’activité d’un parti politique et de la politique plus en général ? Ma réponse est naturellement oui, parce que l’alternative serait de vivre en respectant la loi du silence et dans un climat de secrets douteux, qui n’ont rien à voir à la démocratie.

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